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Le Japon fantastique en traductions

Vous recherchez un traducteur littéraire, spécialiste de la littérature japonaise et des littératures de l'imaginaire, pour traduire, en vue d'édition ou à titre privé, une œuvre, une nouvelle, un article ? Je peux vous fournir un travail de qualité, soigné et rapide. Mes conditions sont à discuter : l'art et la diffusion de la littérature japonaise sont mes priorités. Vous pouvez utiliser le formulaire de contact pour me joindre.


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18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 18:37

9782070442744.gifPour ceux qui en ont assez des ouvrages à valeur ajoutée de chez Piquier, il existe quelques oeuvres japonaises disponibles chez Folio 2€ pour... deux euros, justement (sauf en Suisse, où ça vous coûtera substantiellement plus cher, comme tous les livres, soit dit en passant). En voici un, du Maître en personne, j'ai nommé Ôé Kenzaburô : Seventeen. (On peut en trouver deux, le second étant Gibier d'élevage, dont je parlerai un jour ou l'autre).

 

L'auteur

Est-il vraiment besoin de présenter le second prix Nobel (1994) de littérature japonaise ? Considéré inconditionnellement comme un Maître, avec son prédécesseur Kawabata (prix Nobel 1968), il cache une oeuvre bien plus vaste que l'on veut bien lui recconaître. Romans, nouvelles, contes et sciences-fiction, on ne compte plus ses textes (et il en reste beaucoup, beaucoup à traduire)... Et j'en reparlerai encore. Aujourd'hui un homme très âgé, plus très vif, comme j'ai pu le voir au Salon du livre, il a néanmoins passé sa vie à écrire des textes, qui cachent souvent un sens certain, sur le plan psychodramatique comme politique. Ici, on va pouvoir trouver les deux, et plus encore.

Le Maître 

 

Le livre

Le récit de ce petit ouvrage est particulier : il se base sur un fait réel, et cela a valu bien des ennuis au Maître. En 1960, un militant d'extrême-droite de dix-sept ans assassine le président du Parti socialiste Asanuma Inejirô. C'est ce personnage que Ôe met en scène, fictivement, dans cette novellette à la première personne. Originellement en deux parties, le livre s'est vu amputé, sur le voeu de l'auteur, de sa seconde moitié. Seule la traduction italienne (que je n'ai pas lue) contient encore ce passage... En effet, si la première partie (l'ouvrage donc disponible pour 2€) raconte la plongée dans l'extrême-droite impérialiste d'un adolescent, la section manquante s'approche un peu plus du noyeau du problème et de la nécessité de tuer un leader "gauchiste". Ce passage a valu des menaces de mort à l'auteur qui, résigné, a décidé de ne plus publier la partie incriminée. Au Japon, on ne plaisante pas avec l'extrême-droite.

Malgré que ce texte soit "réduit" à l'état de nouvelle, le désarroi et la bêtise de cet adolescent restent décrits de façon admirable, et le voyage psychodramatique qui le mènera à canalyser son mal-être psychologique et sa frustration sexuelle dans les idées nationalistes et impérialistes est tout simplement délicieux.

Un ouvrage politique, certes, mais aussi un des grands textes d'Ôe. Et en plus, c'est lu en une heure.


Un extrait

"Je me dénudai : pour la première fois de ma vie, je me dénudai devant une autre personne, et ici en plus devant une jeune fille. J'avais alors conscience que mon corps malingre, aux muscles naissants, était protégé, comme un blindé, d'une épaisse armure, une armure de droite. C'était moi, cet homme pourvu d'un phallus (comme disait Kunihiko Sakakibara), tel une broche de fer vivante, qui avait perforé la paroi vaginale de sa jeune épouse virginale. Je banderais toute ma vie. Comme j'avais souhaité ce miracle à mon dix-septième anniversaire en versant des larmes pathétiques, j'aurais un orgasme qui durerait ma vie entière. Mon corps, mon âme, tout ce qui m'appartenait, resterait en érection. (...)

Mon phallus était le rayon de soleil, mon phallus était une fleur. J'ai eu un violent orgasme et j'ai vu un homme doré surgir dans un ciel ténébreux. Ah, oh, Sa Majesté Impériale ! Sa Majesté Impériale qui est un soleil radieux, Ah, ah, oh !" (pp. 86-88)


Référence

ÔE Kenzaburô, Seventeen, Gallimard, Collection Folio 2€, 2011 (texte original de 1963), traduit du japonais par Ryôji Nakamura et René de Ceccatty.

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